L’effet « iceberg » des objets connectés.

Parlons des Objets Connectés !

Ces technologies fonctionnent en autonomie (généralement dotés d’une batterie interne ou une pile). Elles génèrent des informations instantanément ou périodiquement, 1 fois par jour ? toutes les 1/10ème de seconde ? La vivacité de l’objet dépend de son « intelligence » à exister, de sa sensibilité à détecter, de son acceptation A NE PAS surveiller. Ils ont la douce capacité de fournir plusieurs milliers de données par jour et par personne.

Ces « datas » sont communiquées, peut-être pré-traitées, puis transmises pour engendrer une action, après un raisonnement plus ou moins complexe.

Ces objets existent depuis de nombreuses années, hors des sphères de l’immédiateté et de la communication digitale. Une sonde de température qui déclenche la mise en route d’une chaudière à domicile, un interrupteur pour ouvrir/fermer des volets roulants : tout cela existe depuis plus de 30 ans.

Qu’est-ce qui a changé récemment ? … D’une part une évolution franche des process numériques autorisant la manipulation de ces technologies par des sociétés non spécialistes des télécoms, mais aussi une forte diversification des mécanismes proposés. Cela offre une palette bien plus large des usages et des intégrations dans des objets du quotidien. La diminution des composants au fil des ans permet une implémentation aisée dans des éléments à faible volume.

Enfin, la normalisation et la dissémination des outils informatiques (développement, acquisition, traitement, etc) a permis une meilleure maîtrise de ces innovations par les industriels pour les implanter dans bons nombres d’objets du quotidien.

Que ce soit dans un bracelet-montre (disposant d’une montre, d’un thermomètre, d’un capteur du rythme cardiaque, etc.), un smartphone, une prise de courant, une lampe, ou autres, la plupart des équipements en sont dorénavant dotés.

Un article du commerce ne possédant pas d’objet connecté va devenir aussi rare qu’une boîte de cassoulet sans code-barre.

La notion d’objet connecté est indissociable d’Internet.

Rappel proposé aux générations dont la mémoire s’efface avec les habitudes :

– L’usage d’Internet date d’une vingtaine d’années, mais il n’a fallu que 5 ans pour rendre indispensable à une société l’existence de son propre site Internet.

– 5 années encore ont suffit à construire « la toile », un maillage inextricable dont l’important n’était alors plus simplement d’exister, mais surtout de se montrer, d’être visible, d’être devant les concurrents. La bascule s’est également imposée auprès des consommateurs pour lesquels, dorénavant, Internet est devenu un magasin mondial non seulement accessible mais indispensable.

– Encore 5 années pour formaliser les usages qu’en font au quotidien les usagers, et percevoir les tendances, les formes de navigation entre les pages, les habitudes de vie, les profils. Tout est noté, mémorisé, historisé. Le marketing digital acquiert ses lettres de noblesse.

– Enfin, ces dernières années ont abouti au juste retour des choses par la réponse que les marchés ont bâti : quelques mastodontes se sont imposés comme intermédiaires incontournables : Amazon, Google et les autres. Ils ont naturellement imposés les processus économiques aptes à rendre dynamique et instantané l’attrait quotidien du web.

Quand on maîtrise ainsi les transactions financières, on perçoit bien sûr une légère dîme au passage. Sur des milliards de transactions.

Toute l’énergie consiste à présent à produire, inciter, créer des informations auprès de chaque profil individuel (très cher lecteur : vous en êtes !) pour déclencher, si possible, un acte d’achat. Deviner l’envie de tout un chacun afin de déclencher l’acte d’acquisition est devenu le sport de prédilection de ces géants, dopés par une cohorte de jeunes matières grises.

Ces raisonnements complexes profitent de la disponibilité des datas issues de l’observation que les objets connectés absorbent de nos activités par le biais d’Internet : ils forment une nouvelle religion mondiale.

Et toutes les données sont dans le « cloud ». Où ? Dans le cloud, je vous dis. Oui, mais ou ? Et bien, dans le cloud. Ah bon. Elles sont donc dans le cloud. Quelque part.

Nuage gris clair ou orage gris foncé ?

Le « cloud » est ce fameux nuage qui entoure la planète, qui nous entoure. Personne n’est bien capable d’en définir son adresse, où se situe sa propre donnée : qui la possède, où est-elle physiquement, combien de fois est-elle dupliquée, à quoi a-t-elle servi, à qui servira-t-elle encore et encore ???

Un exemple : Je parle du nombre de pas que vous avez fait le 1er juillet 2017. Vous vous moquez peut-être de ce que les acquéreurs de vos données ont pu en faire et en déduire … mais si l’on parle de votre numéro de carte bancaire, vous tremblez. C’est normal. Personne ne vous dira avec exactitude où est cette information. Le « cloud » est devenu le « smoug », ce brouillard londonien obscur, généralisé à l’ensemble de l’informatique mondial … tout le monde est là, caché dans cet imbroglio invisible.

Il y a même des projet data-center cachés dans la mer, au large d’une côte. On va nager dans les données.

Dans ces transformations radicales, je me pose alors 3 questions:

  1. pour les individus non préparés à « comprendre » leurs places dans ce jeu mondial et commercial (puisque c’est bien de ça dont il s’agit), la faiblesse/l’absence de leurs connaissances aboutit à une faiblesse majeure utilisée avec profit par les marchés … Les personnes âgées sont naturellement extrêmement fragilisées et soit positionnées par contrainte implicite à faire partie de cette partie de poker menteur … soit à éviter de se frotter à l’inconnu et devenir, de fait, des non-consommateurs isolés de la société
  2. comme pour toutes les innovations/les inventions, l’utilisation de ces outils numériques, de ces sites marchands, des nouvelles formes de commercialisation, de ces guichets mondiaux fait que les profits augmentent et, en même temps, se diluent sur de plus en plus d’acteurs. La qualité des raisonnements remplace progressivement la quantité de données.

L’Intelligence Artificielle apparaît « au bon moment » pour doper les analyses comportementales des individus. Cette « IA » n’est qu’une nouvelle accélération des possibilités de calculs, d’interprétations, d’identification des profils numériques. L’IA en est tellement à ses débuts que l’on n’ose même pas imaginer quelle puissance elle possédera dans un futur proche.

Bien sûr, on vous dira que dans le cadre d’objets connectés au domicile, ces savants calculs intelligents aboutissent à des informations de prévention, et le monde est sort grandi : prévenir d’un possible risque, d’une pathologie potentielle, ou d’une faiblesse reconnue, est l’argument indispensable à exposer pour préparer et éviter la casse.

S’il nous semble naturel de nous guérir d’une maladie grâce à l’ingestion d’un médicament, comment devrons-nous nous comporter face à une kyrielle de risques que nous devrions assumer pour éviter notre pire destinée ? Devra-t-on faire X dépenses de préventions ? Comment nous instruire au bon niveau pour comprendre notre propre situation individuelle et piloter notre capacité à gérer les risques potentiels, décider de nous-même de nos actions préventives, et orienter nos dépenses non pas à nous satisfaire, mais à éviter de nous dé-satisfaire ?

  1. La barrière aux limites du personnel et du collectif est une frontière perméable … aux bons vouloirs de nos dirigeants (Dirigeants : ceux qui dirigent nos vies quotidiennes … le politique en est très éloigné. Notre employeur ou la structure professionnelle dans laquelle nous passons une bonne partie de nos journées d’une part, les conglomérats mondiaux du commerces d’autre part, en sont les 2 piliers. Et si le 1er pilier disparaît, nous devenons encore plus fragiles face au 2ème pilier !).

La plupart d’entre nous possède une existence sur le net via les réseaux sociaux, émanations naturelles de nos vies privées, et n’oublions pas aussi sur tous les sites en tant que client et dans des bases de données liées à des applications utilisées par des tiers. Ces données sont conservées au-delà de l’impensable.

Et le miracle se produit : Nous devenons immortel sur le net ! La disparition des données d’un utilisateur est devenu aussi impensable que la résurrection d’un humain. Dieu en est probablement témoin.

Combien d’objets connectés survivent ?

La croissance rapide du volume des objets connectés dans notre entourage _ et c’est un faible mot : on suppose qu’en 2025 il y aura 150 milliards d’objets connectés dans le monde _ aboutira à ce que plusieurs centaines d’entre eux nous « renifleront » chaque jour dans moins de 10 ans, par rapport à quelques uns aujourd’hui.

Tout cela va suractiver la créativité des algorithmes comportementaux, les boules de cristal digitales et les sollicitations extérieures pour pallier aux nouveaux besoins analytiques.

Si l’on perçoit l’intérêt de « commander » un volet roulant à distance, on n’imagine pas encore ce qu’Amazon ferait de cette information. Vous croyez qu’il ne la possédera pas, et que votre fournisseur/installateur protégera les datas que vous générerez ? Peut-être … mais la valeur financière de cette hymalaya de données est si importante que son possesseur _ qui n’est pas vous-même, je vous le rappelle _ aura du mal à résister aux tentations de ces revenus indirects profitables car ces profits sont réalisables en quelques secondes avec quelques lignes de codes.

On parle de la « monétisation » des données.

Nous réfléchissons ensemble sur ces objets

Les Objets Connectés font donc aujourd’hui l’objet de discussions et de craintes vis à vis des données générées à profusion.

Si aujourd’hui nous constatons beaucoup d’interrogations sur la génération de ces datas, l’usage, la propriété des données des objets connectés, nous savons déjà qu’elles vont générer un flots d’interrogations et d’incertitudes sur le caractère privé de nos activités.

Nous ne voyons donc aujourd’hui que la pointe du pic du sommet de l’iceberg, au-dessus du « smoug ». Tout ce qui est en dessous nous est soit inconnu, soit nous effraie. Sauf quelques uns, bien sûr.

Et donc, de multiples données liées à nos habitudes de vie, aux objets connectés, entrent avec force au quotidien dans les périmètres de vie de chacun de nous, et bien sûr chez les personnes âgées, encore plus désorientées que d’autres sur ces objets.

Allez donc expliquer à un « senior » de 80 ans en pleine forme qui s’insurge sur la progression malheureuse de son taux d’imposition … Partager avec lui la prépondérance des réseaux sociaux, la différence entre « être sur Instagram » et « être sur Facebook », le paiement à venir qu’il devrait réaliser avec son smartphone _ et il n’aura pas le choix ! _ tout est difficile, même pour les proches aidants familiaux et pour cette génération suivante, tout va trop vite !

Comment devenir optimiste dans cet état de fait ? … Comment rester humain. Être humain est, en soit, ce que l’on a appris depuis notre naissance. Et être attentif. Aux icebergs comme aux raz-de-marée.

Accepter l’inconnu ?

Pas sûr. Ou peut-être si on nous accompagne » afin de pouvoir avancer A NOTRE RYTHME et que l’on intègre dans notre sphère d’activité les objets connectés A NOTRE CONVENANCE.

Et surtout pas qu’un inconnu _ qu’il soit humain, ou pire Intelligence Artificielle _ ne nous oblige à « produire » des données, mais bien au contraire que ces sociétés qui les administrent et nous les proposent nous prouvent leurs bonnes volontés en nous fournissant par exemple la possibilité de voir nos données générées, et bien sûr de pouvoir les effacer.

Nos données ??? Elles sont déjà, aujourd’hui, copiées et recopiées _ Subtilité de langage : un informaticien ne dit pas « copié » mais « sauvegardé » .

Aider nos Aînés, c’est nous aider nous-mêmes. Aujourd’hui.

Expliquer et partager nos humbles connaissances de ce monde étrange de l’internet mobile, du web et de l’informatique quantique avec nos proches représentent des actions d’accompagnement des plus faibles, des moments de partage, de la convivance. Et un vague sentiment positif d’avoir « fait du bien » jusqu’à atteindre nos limites du savoir, où soudain c’est nous-mêmes _ la génération suivante _ qui réclamons des explications à nos jeunes.

Ne me demandez pas ce qu’est l’informatique quantique : Autour de moi, personne ne prétend encore l’avoir compris.

Donc comment en parler ? Paraitrait-il que les quelques sachants « en capacité de » sont toujours là, en scaphandres, cachés sous l’iceberg, prêts à surgir et grimper au sommet de la montagne de glace au moment opportun. Possible. Probablement.

Le SIDO, Salon International Des Objets, événement principal en Europe portant sur les objets connectés, a eu lieu à Lyon comme chaque année courant avril 2019. Je tente chaque année d’y assister avec l’envie de voir poindre les innovations originales qui feront que le monde des Objets Connectés puissent se transformer en un monde des facilités et des usages heureux.

Même le Titanic n’a rien pu faire face à l’Iceberg. Je n’ai pas fait mieux.

L’univers des Objets Connectés évolue sur un chemin surprenant.

Il est passé, le temps des inventions et des créations originales, des inattendus et des solutions simples, applicables chez tout un chacun, des idées et de l’ouverture d’esprit !

Les majors industriels ont tous versés dans l’intellectualisation des solutions, pour proposer leurs intelligences professionnelles auprès des demandeurs.

Chercher un simple capteur communicant est devenu un Graal.

Par contre, ces acteurs industriels proposent, pour une modique somme, d’étudier LA solution qui satisferait votre demande : une analyse du besoin, l’élaboration d’un prototype, le travail des interfaces télécoms, le test, pourquoi pas la production en masse : chacun est prêt à relever le gant. L’objet connecté innovant à 50 euros n’existe plus. L’étude et l’industrialisation de VOTRE solution est proposé en ticket d’entrée à 50 000 euros. Ils sont tous prêt. L’iceberg n’est pas prêt à fondre : Au contraire, le « smaug » tend s’épaissir, la glace à durcir , et grossir l’écueil flottant. Les manchots perdront-ils leur titre d’impérator ?

Je suis encore aujourd’hui surpris de cette tendance, que l’innovation ne cherche pas à saisir l’usage humain attendu, voir à provoquer de nouveaux usages, mais plutôt à vouloir enrichir l’intégration de ces dispositifs encore si peu mûrs avant qu’ils évoluent vers de nouvelles normes consolidées. Aujourd’hui, tout le monde l’affirme sur place, les protocoles de communication ne correspondent pas aux futurs usages déjà prévus et chiffrés. Faut-il donc en conclure que ces « objets » ne seront si peu produits en quantité qu’une industrialisation en masse est impossible, que les coûts en sont d’ores et déjà prohibitifs, que les modèles économiques sont compromis ?

Et la sécurité des datas, que devient-elle ? L’ensemble des spécialistes (équipés de doudoune, de piolets et de cordes) assure le beau temps « chez eux », et l’argument de la sécurisation de l’hébergement est fort, présent, constant. Bien.

Si je veux, moi, l’industriel intégrateur, obtenir DIRECTEMENT la données sur MES SERVEURS (et non pas sur un cloud-smoug), la démarche devient plus complexe : la valeur financière de la propriété et de la vente disparaît d’un coup, et cela se paie. J’essaie de comprendre, et ne peux l’accepter. La valeur de la donnée personnelle est-elle créée par l’usager final, par l’intégrateur de solution, par le créateur initial de l’objet ? Qui est le voleur de qui ? On se noie dans ces eaux glacées.

Je rêve d’un pays où l’équité existe, où les données s’échangent en assurant leurs anonymisations, en posant des barrières quant à la fragilité des populations dont on vole les habitudes de vie et donc les conditions d’accès à ces « marchés ».

Je rêve de règles et de fonctionnements quotidiens où la perception d’une donnée conduit à l’amélioration, la sécurité, le bien-être des humains.

Ces paroles sont peu comprises sur place. Face aux robots qui promènent leurs chenilles dans les allées, les sourires restent polis. Il ne reste plus d’ours polaire. Même sur les icebergs.

Face au vieillissement de la population, l’avancée en âge est bien plus qu’un marché : il est devenu un enjeu mondial d’incompréhension. Quand je parle de l’avancée en âge, je ne parle pas d’1 seule génération et des plus « sages » de notre monde … il y a bien 3 ou 4 générations perdues sur cet iceberg.

Les technologies sont-elles si sauvages qu’elles sont devenues indomptables ? … J’espère que Dieu n’a pas trop froid sur sa banquise.

Christophe Brissonneau c.brissonneau@geronconsult.fr